Il y a des soirs au Fury Bar où l’on entre sans trop savoir ce qu’on va chercher, et où l’on repart avec quelque chose en plus. Ce samedi soir en était un. La petite scène intimiste avait ce soir quelque chose de particulier — cette chaleur propre aux salles où rien ne sépare vraiment le public des musiciens.
Caravelle ouvre les hostilités. À la base, le projet est celui d’un homme seul : un chanteur-compositeur, une vision, des chansons — des chansons d’amour, dans ce que le mot a de plus large et de plus ambigu. Ce soir, ils sont cinq sur scène, et la nouvelle configuration change tout.
La nouvelle guitariste-claviériste, Melou, est la pièce qui manquait. Les arrangements s’épaississent, les harmonies vocales trouvent un ancrage, et ses leads de guitare — précises, sensibles, jamais gratuites — apportent la dimension progressive que le projet appelait. Elle assure aussi les chœurs, et c’est là que le groupe gagne en cohésion ce qu’il gagne en hauteur.
Le chanteur principal tient la scène comme il écrit ses chansons : avec une économie de gestes qui n’exclut pas l’intensité. Ses textes, il les a quasiment tous écrits seul, et ça s’entend — une cohérence narrative rare, sans transition morte, de A à Z. Entre deux morceaux, il prend le temps de raconter les rencontres qui ont construit cette nouvelle formation, citant à plusieurs reprises l’interview réalisée pour Melting Rock. Un geste simple, sincère.
Côté console, Maxime Kurt assurait le son ce soir — et le travail se remarque, dans le bon sens du terme. Pour une salle aussi intimiste que le Fury, où chaque détail s’entend, c’était franchement au-dessus : équilibré, dynamique, au service des morceaux.
Une heure de set. Une heure bien remplie.
Puis viennent Firelighters.
Le quatuor déploie quelque chose de singulier — difficile à nommer avec précision, mais immédiatement perceptible : quelque chose d’elfique, de chamanique, une musique qui semble puiser dans des territoires spirituels que le rock ordinaire ne visite pas souvent. La chanteuse impose une voix d’une beauté troublante, habitée, presque rituelle. Et puis il y a le guitariste et sa double Gibson — une guitare à deux manches, instrument rare sur une scène de cette taille, qui attire l’œil autant qu’il justifie son existence sonore. Les deux guitaristes tissent des lignes qui se répondent avec une fluidité évidente.
Le groupe jouait devant peu de monde ce soir. Mais ils ont tenu la ligne, du début à la fin, sans jamais jouer en retrait. Ce genre de dignité scénique mérite d’être souligné.
Un beau contraste pour clore la soirée. Deux projets, deux univers, une même exigence.



























