Il fait trente degrés ce soir-là devant le 106. Ressenti cinquante, facilement. On crame, on brûle — mais on est là, et c’est l’essentiel. La folk rouennaise a rendez-vous dans l’une des salles les plus respectées de la région, pour une soirée organisée par le studio maison, plateau trois têtes, ambiance festival de quartier qui se prend au sérieux sans se prendre la tête.
Layla ouvre. Premier vrai concert dans une salle pro, accompagnée de son guitariste Théo — et ça se sent, dans le bon sens du terme. Il y a de l’émotion, du stress mal dissimulé, cette fébrilité des grands soirs que les habitués reconnaissent immédiatement. Mais Layla ne se démonte pas. Elle prend la scène, elle la vit, elle enchaîne ses compositions avec une présence naturelle que beaucoup mettent des années à construire. Le public est conquis — par les chansons, évidemment, mais aussi par les petites anecdotes glissées entre les morceaux, les maladresses involontaires qui rendent le moment humain, vrai. Une artiste complète, un duo qui tient la route. Elle prend le temps de remercier chaleureusement le 106 et ses équipes — et Melting Rock est fier de faire partie de l’aventure ce soir-là, à travers l’objectif. Parce que couvrir ce genre de soirée, c’est aussi ça : une aventure humaine autant que musicale.
Clément David arrive ensuite avec une nouvelle formule. Un violoniste — Clément Daniel — à ses côtés. Il n’a évidemment pas fait exprès, nous précise-t-il. Doit-on le croire ? Le doute est permis, et le résultat lui donne tort d’en douter : le duo fonctionne à merveille. La folk de Clément David est romanesque et scénarisée, habitée par des histoires qui gravitent autour de la santé mentale, de l’amour et de l’anxiété — des thèmes qu’il ne traite pas frontalement, mais à travers une métaphore filée, persistante, peuplée de fantômes, d’esprits et de démons intérieurs. Quelque chose entre l’exorcisme doux et le carnet intime mis en musique. Le violon de Clément Daniel ne fait qu’épaissir ce brouillard-là, de la plus belle façon.
Just Alone clôt la soirée en tête d’affiche, comme à son habitude : sûre d’elle, ancrée, habitée. Sa folk est plus sombre, plus mélancolique — elle le reconnaît elle-même, expliquant que ses chansons ont évolué avec le temps, et avec ce que le temps charrie de tristesse. Mais ce soir, la tristesse est belle. Le temps de deux chansons, elle invite Layla et Clément David et Neil à la rejoindre sur scène. Et sur la deuxième, elle fait asseoir tout le public — qui se forme alors en cercle autour des trois artistes, jouant ensemble, communiant dans la même passion pour une musique qui n’appartient à personne et à tout le monde à la fois.
See you never ? On veut bien croire que non.






























